Juin, c'est le mois où les tomates font ce qu'elles veulent. En une semaine, les plants ont doublé de hauteur, des tiges nouvelles poussent dans tous les sens, et on se retrouve devant un enchevêtrement vert qui ressemble plus à une jungle qu'à un potager. C'est le bon moment pour intervenir — mais beaucoup de jardiniers hésitent, de peur de faire une bêtise. Tailler une tomate, c'est pourtant simple quand on comprend pourquoi on le fait.
Pourquoi taille-t-on les tomates ?
Une plante de tomate a une seule ambition dans la vie : se reproduire le plus possible. Pour ça, elle produit des fleurs, des fruits, et des tiges dans tous les sens pour capter un maximum de lumière. C'est très bien pour la plante, mais pas forcément pour nous.
Quand une tomate part dans trop de directions à la fois, elle dépense son énergie à faire pousser des feuilles et des tiges au lieu de la concentrer sur les fruits. Résultat : beaucoup de végétation, peu de tomates, et des tomates souvent petites et tardives. La taille sert à recentrer cette énergie là où on le souhaite : sur les fruits.
Autre avantage : une plante bien taillée est plus aérée. L'air circule entre les feuilles, l'humidité ne stagne pas, et les maladies — notamment le mildiou, cette moisissure brune et redoutée — ont moins de prise.
Le gourmand : qu'est-ce que c'est exactement ?
C'est le mot qui revient dans toutes les conversations sur les tomates, et qui sème la confusion chez beaucoup de jardiniers débutants. Un gourmand, c'est tout simplement une nouvelle tige qui pousse à l'aisselle d'une feuille — c'est-à-dire dans l'angle formé entre la tige principale et une feuille.
Si vous regardez votre plant de tomate de près, vous verrez ces petites pousses vertes qui apparaissent un peu partout dans ces angles. Au départ elles sont minuscules, deux centimètres à peine. Laissées sans surveillance, elles deviennent des tiges à part entière avec leurs propres feuilles et leurs propres fleurs — et elles ponctionnent l'énergie de la plante.
L'objectif du pincement (c'est le geste qui consiste à supprimer les gourmands) est de garder une seule tige principale solide plutôt que d'en avoir cinq ou six qui se font concurrence.
Comment pincer un gourmand : le geste précis
C'est très simple. Repérez le gourmand dans l'aisselle d'une feuille. Pincez-le entre le pouce et l'index et faites-le partir d'un coup sec. S'il est encore petit (moins de 5 cm), il part facilement et proprement, sans laisser de plaie importante sur la plante.
S'il a déjà bien poussé et s'est lignifié (durci), utilisez un couteau ou des ciseaux propres pour le couper net plutôt que de l'arracher. Une plaie propre cicatrise mieux qu'une plaie déchirée.
À quelle fréquence ?
En juin et juillet, les gourmands repoussent vite — parfois en quatre ou cinq jours. Passez sur vos plants deux fois par semaine pour garder la main dessus. C'est cinq minutes de travail par passage, pas plus.
Faut-il tout supprimer ?
Non — et c'est là que beaucoup de jardiniers sont trop zélés. On ne cherche pas une plante dépouillée de toutes ses branches latérales. On cherche une plante conduite sur une tige principale, avec ses feuilles et ses grappes de fleurs bien exposées.
Les feuilles sont les "usines" de la plante : elles captent la lumière pour produire de l'énergie. En supprimer trop, c'est affaiblir la plante. La règle générale : on enlève les gourmands, on garde les feuilles et les tiges porteuses de fleurs.
On peut aussi, dans certains cas, laisser se développer le premier gourmand qui pousse juste en dessous de la première grappe de fleurs. Cela donne une plante à deux tiges — une technique valable si vous avez de l'espace et souhaitez augmenter la production.
L'ébourgeonnage : éliminer les fleurs pour avoir de meilleures tomates
L'ébourgeonnage, c'est un mot un peu barbare pour désigner quelque chose d'assez intuitif : supprimer certaines fleurs ou certaines tomates déjà formées pour que les fruits restants soient plus gros et mûrissent mieux.
Concrètement, sur une grappe de tomates, il peut y avoir huit à douze petites tomates en formation. Si on les laisse toutes, elles seront toutes petites et certaines n'arriveront jamais à maturité avant la fin de saison. En en supprimant quelques-unes sur chaque grappe dès qu'elles sont de la taille d'une bille, on permet aux autres de grossir correctement et de mûrir avant les premières fraîches de septembre.
Sur les tomates cerises, on ne fait rien
Les tomates cerises produisent naturellement en grappes très fournies avec des petits fruits — c'est leur nature. Inutile d'ébourgeonner, elles sont faites pour ça. Le pincement des gourmands reste utile pour les garder sous contrôle, mais pas l'ébourgeonnage des grappes.
Faut-il "topper" la plante en fin de saison ?
Topper une tomate, c'est couper net le sommet de la tige principale pour arrêter sa croissance vers le haut. Cela se fait généralement en août, quand les nuits commencent à fraîchir et qu'on sait que les nouvelles fleurs qui apparaissent n'auront pas le temps de donner des tomates mûres avant octobre.
L'idée est simple : en bloquant la croissance de la tige principale, on dit à la plante "plus la peine de monter, concentre-toi sur ce qui est déjà là". Les tomates en cours de formation reçoivent toute l'énergie et mûrissent plus vite.
En juin, on n'en est pas encore là. Mais c'est bon à savoir pour dans deux mois.
Les erreurs les plus courantes
- Attendre que les gourmands soient gros pour les enlever. Un gourmand de dix centimètres est bien plus difficile à retirer proprement qu'un gourmand de deux centimètres. Plus on attend, plus la plaie est grande et plus le choc pour la plante est important.
- Pincer avec des mains sales ou des outils non nettoyés. Les virus et les champignons se transmettent par les plaies. Si vous avez touché une plante malade, lavez-vous les mains avant de passer à la suivante.
- Supprimer les feuilles du bas trop tôt. On retire souvent les feuilles basses qui touchent le sol pour éviter les éclaboussures de terre (vecteurs de maladies) — c'est une bonne pratique, mais à faire progressivement, pas d'un coup.
- Confondre un gourmand et une tige florifère. Une tige qui porte des fleurs ou des petites tomates en formation n'est pas un gourmand. On ne la supprime pas ! Un gourmand pousse toujours à l'aisselle d'une feuille, jamais directement sur la tige principale.
- Pincer les tomates "déterminées" comme les tomates "indéterminées". Une tomate déterminée (Roma, Heinz, certaines variétés rondes de saison) a une croissance naturellement limitée. La tailler trop agressivement réduit la récolte sans aucun bénéfice.
Et les feuilles malades, on fait quoi ?
En juin, surveillez l'apparition des premières taches sur les feuilles. Le mildiou se manifeste par des taches brunes sur le dessus des feuilles, avec une moisissure grisâtre en dessous. L'alternariose donne des taches brunes concentriques qui ressemblent à des cibles.
Dans les deux cas, la marche à suivre est la même : retirez immédiatement les feuilles atteintes et jetez-les à la poubelle (surtout pas au compost). Cela ralentit la propagation. Aérez la plante en supprimant quelques feuilles denses si nécessaire, et évitez d'arroser sur les feuilles.
Un traitement préventif à la bouillie bordelaise (un produit à base de cuivre autorisé en agriculture biologique, que l'on dilue dans l'eau) peut être appliqué en début de saison, mais avec modération : le cuivre s'accumule dans le sol sur le long terme.
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